Les impayés constituent un risque majeur pour les entreprises, en particulier lorsque les biens sont livrés avant le règlement du prix.
En cas de difficultés financières ou de procédure collective de l’acheteur, les chances de recouvrer les sommes dues peuvent rapidement diminuer.
Pour limiter ce risque, les professionnels disposent d’un outil particulièrement efficace : la clause de réserve de propriété.
En permettant au vendeur de conserver la propriété des marchandises jusqu’au paiement intégral du prix, cette clause renforce considérablement sa protection en cas de défaillance de son cocontractant.
Pourquoi insérer une clause de réserve de propriété dans ses contrats ?
La clause de réserve de propriété, prévue par l’article 2367 du Code civil, suspend le transfert de propriété du bien vendu jusqu’au règlement complet du prix.
En pratique, l’acheteur peut prendre possession des marchandises, mais il n’en devient véritablement propriétaire qu’une fois le paiement effectué.
Pour le vendeur, ce mécanisme présente un intérêt majeur : il ne dispose pas seulement d’une créance contre son client, mais conserve également un droit de propriété sur les biens livrés.
Cette distinction prend toute son importance lorsque l’acheteur rencontre des difficultés financières. En effet, le vendeur pourra, sous certaines conditions, demander la restitution des marchandises plutôt que de se contenter d’attendre le paiement de sa créance, souvent compromis dans le cadre d’une procédure collective.
L’intérêt de cette protection a d’ailleurs été récemment rappelé par la Cour de cassation, qui a confirmé que l’action en revendication repose sur le droit de propriété du vendeur et non sur sa seule créance de prix.
En conséquence, même lorsqu’une action en paiement est prescrite, le vendeur peut encore revendiquer le bien tant que celui-ci n’a pas été intégralement payé. (Cass. com., 19 novembre 2025, n° 23-12.250).
La clause de réserve de propriété constitue ainsi un véritable levier de sécurisation des ventes, particulièrement pour les entreprises qui accordent des délais de paiement à leurs clients.
Quelles sont les conditions pour que la clause soit réellement efficace ?
La présence d’une clause de réserve de propriété dans un contrat ne suffit pas, à elle seule, à garantir la protection du vendeur.
Son efficacité repose sur plusieurs conditions qu’il convient d’anticiper dès la conclusion de la vente.
En premier lieu, la clause doit être prévue par écrit et avoir été acceptée par l’acheteur avant la livraison des marchandises.
Elle peut figurer dans les conditions générales de vente, un devis ou tout autre document contractuel accepté par le client. À défaut, elle risque de ne pas être opposable en cas de litige.
Il est également essentiel de pouvoir identifier précisément les biens concernés. Conserver les bons de livraison, les références produits, les numéros de série ou tout document permettant d’assurer la traçabilité des marchandises facilitera l’exercice du droit de revendication.
Cette exigence est loin d’être théorique. Plusieurs décisions récentes ont refusé la restitution des biens au motif que le vendeur n’était pas en mesure d’identifier précisément les marchandises concernées. (CA Douai, 13 juin 2024, n° 23/01963).
Enfin, la vigilance doit être de mise lorsque le client fait l’objet d’un redressement judiciaire ou d’une liquidation judiciaire.
Une protection particulièrement utile en cas de procédure collective
La clause de réserve de propriété révèle tout son intérêt lorsque l’acheteur est placé en redressement judiciaire ou en liquidation judiciaire.
En principe, l’ouverture d’une procédure collective interdit le paiement des créances nées avant le jugement d’ouverture.
Le fournisseur devient alors un créancier parmi les autres et doit déclarer sa créance selon les règles prévues par le Code de commerce.
Grâce à la clause de réserve de propriété, la situation est différente. Tant que les marchandises existent encore en nature dans le patrimoine du débiteur, le vendeur peut demander leur restitution au lieu de subir les aléas de la procédure collective.
En revanche, si les biens ont été transformés, incorporés dans un autre produit ou revendus, cette protection peut devenir plus difficile à mettre en œuvre.
De même, le vendeur devra être en mesure de démontrer que les marchandises étaient toujours présentes lors de l’ouverture de la procédure ou, dans certains cas, de prouver les conditions lui permettant de revendiquer leur prix de revente.
Un dossier complet, comprenant les documents contractuels, les bons de livraison et les éléments de traçabilité, constitue souvent la clé d’un recouvrement efficace.
Aline Faucheur-Schiochet
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